Microphones dynamiques, le paradoxe

Sur votre parcours dans la grande aventure de la prise de son vous aurez sans doute croisé des microphones à ruban, et comme n’importe quelle personne en ayant eu un entre les mains pour la première fois, vous aurez été prévenu de la fragilité de l’objet. Après moult lectures, ou sur les conseils avisés du propriétaire de ce magnifique appareil, vous aurez sans doute retenu votre souffle et presque tremblé d’avoir une chère responsabilité au bout de vos doigts maladroits, comme si l’on venait de vous mettre un nourrisson entre les bras. 

Bien qu’ils soient en effet sensibles aux déplacements d’air, plosives et autres joyeusetés à base de portes qui claquent et de couvercles fermés violemment, ces micros à la conception (faussement) simple sont pourtant de ceux les plus facilement maintenables, en effet les trois composants principaux (aimant, ruban, transformateur) ont peu de chance de devenir obsolètes et nous continuons aujourd’hui la fabrication de ces éléments avec sans doute plus de maitrise qu’il y a 90 ans. 

À l’autre bout du spectre microphonique se trouvent les dynamiques (à bobine mobile)*. Souvent présentés comme des outils robustes qui peuvent encaisser les pires abus des années durant, ceux ci peuplent les scènes de toutes tailles, font face aux plus durs usages, passent de mains en mains, flirtent avec les grosses caisses de brutes épaisses, sont vulgairement jetés au sol par des chanteurs désinvoltes, encaissent les décibels de 4×12 Marshall poussés par 100 watts d’amplification à tubes, voyagent malproprement au fond de sacs de pédales d’effet et de boitiers DI… bref on leur en fait voir de toutes les couleurs et pourtant ils sont là, fidèles au poste en bons serviteurs des musiciens et sonorisateurs.

Puis les années passent et ces héros apparemment invincibles commencent à montrer de sérieux signes de faiblesse ; distordus, secs, étouffés ou purement et simplement muets, ceux ci ne voient plus le jour et sont oubliés au fond de tiroirs encombrés . 

C’est là que le paradoxe fait son entrée, d’abord encensés pour leur robustesse voici que nos bons vieux dynamiques sont déclarés rincés, irréparables, tout juste bons à servir de presses-papiers tant leurs capsules passablement sur les rotules se trouvent être impossible à remplacer car obsolètes. 

Parmi les victimes, de vieux Electrovoice RE20, RE16 ou 666, de vénérables AKG D12 et autres D19 et D20, les incontournables Sennheiser MD421 et MD441, quelques Shure au look apprécié autant que leur son, des Beyer M88 et M380 dont on vante les graves, et bien d’autres, moins célèbres mais tout aussi utiles.  

Non seulement ces micros ne sont parfois pas substituable par un autre modèle ou une autre technologie (demandez à un habitué du D12 sur la grosse caisse si un équivalent existe?), mais en plus bon nombre de ces références (en plus de n’être plus produites) sont tombées dans le domaine du vintage, créant un engouement de la part de la communauté des preneurs de son et collectionneurs, poussant ainsi les prix à des niveaux stratosphériques. 

Les idées reçues ont la vie dure et c’est peut être là le malheur de ces microphones souvent regardé avec dédain par les snobs de la prise haute fidélité, malgré cela le dynamique à bobine a une vraie place de choix dans un parc micro et saura donner satisfaction là où les grands classiques à condensateurs échoueront. Cependant, ce n’est pas parce que ses performances peuvent sembler moindre (à considérer) que celui ci mérite un mauvais traitement et un soin diminué que ce soit pour son usage ou son stockage. 

On lit partout à quel point il serait terrible d’appliquer du 48 volt sur un micro à ruban, quand celui s’en sortira sans égratignures dans la majorité des cas, mais rien à propos d’un dynamique sans transfo branché à chaud sur la console de la salle dont l’alim phantom est activée, rien non plus sur les effets délétères d’une exposition à la poussière ou à l’humidité.

Il est triste de voir ces bestioles partir au rebut surtout quand on sait qu’en plus d’avoir régulièrement des esthétiques improbablement attirantes, ils font de surcroit de très bons, voire d’excellents outils de prise de son. 

Dans une économie globale où tous produits manufacturés semblent désormais fabriqués en Chine, où nos ressources minières s’épuisent de jours en jours, réparer ces vieux micros, au delà de la satisfaction que cette activité procure, devient quasiment un acte d’engagement politique et une lutte en faveur de l’environnement pour aller vers un monde qui se satisfait de ce qui existe déjà plutôt que de consommer, consumer et remplacer à chaque nouvelle panne ou déception.

N’achetez plus, faites réparer!

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